L'iode fait l'objet d'une attention nutritionnelle bien moindre que la plupart des vitamines et minéraux, bien qu'il soit absolument indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes — et malgré un risque réel et bien documenté de carence chez certaines populations modernes. Une revue narrative publiée en 2024 dans le British Journal of Nutrition, associée à une étude polonaise antérieure sur les apports alimentaires, brosse ensemble un tableau clair des personnes réellement à risque et des raisons de cette situation.
Pourquoi l’iode est-il si important ?
L’iode est essentiel à la synthèse des hormones thyroïdiennes, la triiodothyronine (T3) et la tétraiodothyronine (T4), et un apport insuffisant entraîne toute une série de problèmes regroupés sous le terme de « troubles liés à une carence en iode ». Si le goitre (hypertrophie de la glande thyroïde) en est le signe le plus visible, ce sont les troubles cognitifs qui ont l’impact le plus important au niveau de la population : les hormones thyroïdiennes sont essentielles au développement cérébral et neurologique, ce qui rend l’iode particulièrement crucial au cours des 1 000 premiers jours de vie, période durant laquelle le cerveau se développe le plus rapidement. Même une carence en iode légère à modérée pendant la grossesse a été associée à un QI et à des capacités de lecture inférieurs chez les enfants d’âge scolaire.
Un véritable enjeu de santé publique, et non un problème historique
La carence en iode est redevenue un problème de santé publique chez les femmes en âge de procréer dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni et en Irlande — des régions considérées depuis des décennies comme suffisamment approvisionnées en iode. La première enquête nationale britannique menée depuis plus de 50 ans, en 2011, a révélé une carence légère en iode chez les adolescentes scolarisées, et des études régionales menées par la suite au Royaume-Uni et en Irlande ont régulièrement mis en évidence une carence légère chez les adolescentes et les femmes en âge de procréer. Dans les pays ne disposant pas d’un programme obligatoire d’iodation du sel — dont le Royaume-Uni et l’Irlande font partie —, le statut en iode dépend fortement des choix alimentaires individuels plutôt que d’un filet de sécurité à l’échelle de la population.
Pourquoi les régimes alimentaires à base de végétaux comportent-ils un risque spécifique ?
Les aliments d’origine végétale ont naturellement une faible teneur en iode, tandis que les sources animales — lait, poisson et œufs — fournissent actuellement la majeure partie de l’apport en iode dans de nombreux pays, représentant notamment plus de 60 % de cet apport en Islande, en Norvège, en Espagne et au Royaume-Uni. En calculant l'apport en iode à partir d'un régime de référence principalement végétal (le régime de référence EAT-Lancet), les chercheurs ont constaté qu’il ne couvrirait que 85 % de l’apport recommandé pour les adultes et seulement 51 à 64 % de celui recommandé pendant la grossesse — et si le lait de vache est remplacé par une alternative végétale non enrichie, cet apport tombe à seulement 34 % de l’apport recommandé pour les adultes. Les végétaliens, en particulier, sont considérés comme exposés à un risque accru de carence en iode sans supplémentation, car les régimes strictement végétaux ne permettent pas d’atteindre de manière fiable l’apport recommandé par le seul biais de l’alimentation.
Une mise en garde concernant les algues
Les algues sont souvent citées comme une source végétale riche en iode, mais leur teneur est très variable et peut s’avérer excessive : même une petite portion de 5 g de varech peut fournir plus de 14 fois la limite maximale d’apport sans risque. Une consommation excessive et prolongée d’iode provenant des algues (en particulier le kombu) a été associée à la fois à l’hyperthyroïdie et à l’hypothyroïdie ; les compléments alimentaires à base d’algues ne sont donc pas recommandés comme source fiable d’iode.
Les personnes âgées constituent un deuxième groupe à risque
Une autre étude sur l’apport alimentaire menée en Pologne a révélé que l’apport quotidien moyen en iode provenant de l’alimentation (hors sel iodé) variait entre 40,4 et 50,7 µg chez les adultes et les enfants — bien en deçà des niveaux recommandés — tandis que l’alimentation des personnes âgées en fournissait un peu plus, soit 75,5 µg/jour, ce qui reste toutefois insuffisant pour couvrir les besoins à partir de l'alimentation seule. La conclusion de l'étude était sans équivoque : l'iodation du sel de table est nécessaire pour combler ce déficit, car les sources alimentaires seules s'avèrent insuffisantes dans tous les régimes alimentaires étudiés.
Conclusion
La carence en iode est un véritable problème qui refait surface chez certaines populations spécifiques qui ne sont pas toujours identifiées comme à risque — les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes dans les pays où le sel n’est pas iodé, les personnes suivant un régime alimentaire principalement végétal ou végétalien (en particulier si elles remplacent les produits laitiers par des alternatives non enrichies), ainsi que les personnes âgées dont l’apport alimentaire en iode est inférieur à ce que l’on suppose. Les recommandations pratiques issues de ces deux revues sont cohérentes : privilégier les aliments enrichis en iode ou les sources alimentaires fiables, et lorsque des algues sont consommées, les considérer comme une source d’iode imprévisible plutôt que fiable.
Références
[1] Nicol, K. ; Nugent, A.P. ; Woodside, J.V. ; Hart, K.H. ; Bath, S.C. « Iode et régimes alimentaires à base de végétaux : revue narrative et calcul de la teneur en iode. » Br. J. Nutr.
2024, 131, 265–275. https://doi.org/10.1017/S0007114523001873
(accès libre)
[2] Études sur la teneur en iode dans l’alimentation quotidienne, en particulier chez les personnes âgées — Enquête polonaise sur les apports alimentaires.











