Le lien entre la vitamine C et le scorbut est tellement ancré dans l’histoire que ses autres fonctions biologiques ont tendance à être négligées. Une revue exhaustive publiée en 2025 dans la revue *Molecules* met en lumière l’étendue des fonctions de la vitamine C dans l’organisme : en tant qu’antioxydant, cofacteur enzymatique et nutriment dont la carence est, en réalité, plus courante que la plupart des gens ne le pensent dans certaines populations, même dans les pays riches.
Le rôle réel de la vitamine C
L’acide ascorbique est un cofacteur des enzymes impliquées dans la biosynthèse du collagène, la synthèse hormonale, la fonction immunitaire, l’absorption du fer et le métabolisme de la carnitine (la carnitine transporte les acides gras vers les mitochondries pour la production d’énergie). C’est également un véritable antioxydant : il cède des électrons pour neutraliser les radicaux libres et les espèces réactives de l’oxygène, protégeant ainsi les lipides, les protéines et l’ADN contre les dommages oxydatifs, et contribue même à régénérer la capacité antioxydante de la vitamine E une fois celle-ci épuisée.
Le lien avec le collagène
La vitamine C est un cofacteur essentiel des prolyl- et lysyl-hydroxylases — les enzymes qui assurent la réticulation des molécules de collagène pour leur conférer leur structure stable en triple hélice. Sans un apport suffisant en vitamine C, cette réticulation échoue, ce qui est la cause biochimique directe des symptômes du scorbut touchant le tissu conjonctif : maladies des gencives, mauvaise cicatrisation des plaies et fragilité des vaisseaux sanguins. La vitamine C augmente également l’expression du gène du collagène lui-même, ce qui signifie qu’elle ne se contente pas d’aider à assembler le collagène, mais qu’elle contribue à en produire davantage.
Qui est réellement exposé à un risque de carence ?
Comme l’organisme ne peut pas synthétiser la vitamine C par lui-même, son apport dépend entièrement de l’alimentation. Cette étude met en évidence des facteurs de risque spécifiques : la situation géographique (les pays où l’accès aux fruits et légumes frais est limité, comme la Finlande et la Russie, présentent une prévalence plus élevée de carences), les difficultés socio-économiques, le tabagisme et la consommation d’alcool (qui accélèrent tous deux l’épuisement des réserves de vitamine C en augmentant le stress oxydatif), ainsi que les maladies chroniques telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète et le cancer. Une étude de 2023 a mis en évidence des cas de scorbut chez des enfants dont l’alimentation, à base de produits transformés, était dépourvue de fruits et légumes frais — ce qui rappelle que le scorbut n’est pas une maladie purement historique.
Au-delà de la prévention des carences
Cette revue passe en revue les rôles étudiés de la vitamine C dans les maladies cardiovasculaires, le cancer, les infections et les maladies neurodégénératives — avec une mise en garde importante : la qualité des données varie considérablement selon les domaines, et certaines études se contredisent. Un domaine fait actuellement l’objet d’un vif intérêt de la recherche : à des concentrations élevées (pharmacologiques), la vitamine C peut agir comme un pro-oxydant plutôt que comme un antioxydant, une propriété étudiée spécifiquement pour son potentiel dans le traitement du cancer, notamment comme moyen de potentialiser des médicaments de chimiothérapie tels que la gemcitabine.
Quelle quantité est suffisante ?
L'apport quotidien recommandé est généralement d’environ 90 mg pour les hommes et 75 mg pour les femmes, bien que les femmes enceintes et allaitantes aient des besoins plus élevés, et que les fumeurs aient besoin de 35 mg supplémentaires par jour en raison d’un renouvellement accru de la vitamine C lié au stress oxydatif causé par le tabagisme. Un apport régulier d’environ 200 mg par jour, provenant de l’alimentation et de compléments alimentaires, est considéré comme important pour maintenir des taux adéquats — nettement supérieurs au minimum nécessaire pour prévenir le scorbut.
Conclusion
Le rôle de la vitamine C va bien au-delà de la prévention du scorbut : elle est véritablement essentielle à la production de collagène, à l’absorption du fer et aux défenses antioxydantes de l’organisme, et le risque de carence est réel et mesurable dans certaines populations modernes, et non pas seulement une curiosité historique. Le cadre de cette revue est équilibré : la vitamine C « reste une vitamine indispensable qui devrait être consommée quotidiennement », tandis que son potentiel thérapeutique plus large dans des domaines tels que le cancer et les maladies cardiovasculaires doit encore être confirmé par des études à plus grande échelle et de plus longue durée.
Références
[1] Alberts, A. ; Moldoveanu, E.-T. ; Niculescu, A.-G. ; Grumezescu, A.M. « Vitamine C : revue exhaustive de son rôle dans la santé, la prévention des maladies et son potentiel thérapeutique. » Molecules 2025, 30, 748. https://doi.org/10.3390/molecules30030748 (accès libre)











